Au fil des brocantes, on rencontre encore ses réveils, ses pendules, ses moulins à café, ses machines à écrire et ses ustensiles de cuisine en tôle émaillée. Ces objets ont accompagné le quotidien de plusieurs générations, au point de devenir presque familiers.
Pourtant, derrière cette marque discrète se cache l’une des plus importantes aventures industrielles françaises.
Une bouilloire qui n’est restée que quelques secondes
Si j’ai choisi de consacrer un article à Japy, c’est aussi en souvenir d’une bouilloire passée par Maison Vert Sauge.
Son émail crème, ses fins décors métallisés, sa poignée sombre et son long bec verseur formaient un ensemble particulièrement élégant. Mais ce qui la rendait véritablement remarquable était son état de conservation exceptionnel.
Je l’ai présentée sur ma table lors d’une brocante aux Allées Maillol, à Perpignan. Quelques secondes à peine après l’avoir posée, elle avait déjà trouvé preneur.
Certains objets demandent du temps avant de rencontrer la personne qui saura les regarder. Pour d’autres, l’évidence est immédiate. Cette bouilloire appartenait sans aucun doute à la seconde catégorie.
Elle poursuit aujourd’hui sa vie dans une nouvelle maison, fidèle à la vocation première des objets Japy : être beaux, utiles et présents dans le quotidien.
Des mouvements de montres fabriqués à Beaucourt
L’histoire commence en 1777, lorsque Frédéric Japy installe à Beaucourt, dans l’actuel Territoire de Belfort, une manufacture consacrée aux ébauches de montres.
À une époque où les pièces d’horlogerie sont encore principalement réalisées à la main par des artisans travaillant séparément, Frédéric Japy développe l’utilisation de machines-outils permettant de mécaniser une partie de leur fabrication.
Cette nouvelle organisation rend possible une production plus régulière et en plus grande quantité. Elle marque le début d’une aventure industrielle qui dépassera bientôt très largement le domaine de l’horlogerie.
Une manufacture présente dans toutes les pièces de la maison
Au début du XIXe siècle, les fils de Frédéric Japy poursuivent le développement de l’entreprise et diversifient progressivement ses activités.
Horlogerie, visserie, serrurerie, quincaillerie, moteurs, pompes, mobilier, machines agricoles ou machines à écrire : les productions Japy deviennent extrêmement variées.
La manufacture entre également dans les cuisines françaises avec des casseroles, des cafetières, des pichets, des bassines, des brocs, des seaux, des bouilloires et de nombreux autres objets destinés aux gestes du quotidien.
En 1910, Japy Frères possède une douzaine d’usines autour de Beaucourt et emploie environ 6 000 ouvriers. Le nom Japy est alors celui d’un véritable empire industriel.
Japy et les ustensiles en tôle émaillée
La fabrication des articles ménagers devient l’une des grandes spécialités de Japy.
Dès les années 1820, l’entreprise développe à Fesches-le-Châtel une production d’ustensiles en fer battu, étamé, verni puis émaillé. L’usine est localement surnommée « la Casserie », en référence aux casseroles qui y sont fabriquées.
Entre 1889 et 1892, Japy fait construire au Gros Pré une usine spécialisée dans l’émaillage des ustensiles de cuisine et de ménage. À la fin des années 1930, les différents sites concernés produisent quotidiennement plus de dix tonnes de pièces émaillées terminées.
L’émail protège le métal, facilite son nettoyage et permet de créer une grande variété de couleurs et de décors. Les objets ainsi fabriqués sont solides, pratiques et suffisamment élégants pour rester visibles dans la cuisine.
Des objets pratiques devenus objets de décoration
Les ustensiles Japy n’ont pas été conçus comme des objets précieux. Ils devaient avant tout servir, résister et accompagner les gestes répétés de la vie domestique.
C’est précisément ce qui les rend aujourd’hui si attachants.
Leurs formes généreuses, leurs couleurs douces ou profondes, leurs filets décoratifs et leurs poignées travaillées racontent une époque où l’on accordait une véritable attention esthétique aux objets les plus ordinaires.
Une cafetière, un broc ou une bouilloire Japy peut encore être utilisé lorsque son état le permet. L’objet peut également devenir un vase, accueillir quelques ustensiles ou simplement apporter une présence singulière à une
Que reste-t-il de Japy aujourd’hui ?
Le grand groupe industriel Japy n’existe plus aujourd’hui. Après avoir été divisé en plusieurs sociétés au cours des années 1950, il a progressivement cédé ses différentes activités. La dernière entreprise issue du groupe historique a disparu en 1979.
Son héritage demeure pourtant bien vivant.
Le nom Japy subsiste dans le domaine des pompes industrielles avec Pompes Japy. Japy Tech, devenue indépendante en 2021, fabrique quant à elle des équipements destinés à la collecte et au refroidissement du lait, dans la continuité d’une activité reprise à Japy en 1957.
À Fesches-le-Châtel, la maison Cristel perpétue un savoir-faire lié aux ustensiles culinaires, sur le site où les frères Japy avaient développé leur production de casseroles dès 1826. Cristel est une entreprise distincte, mais cette implantation maintient un lien remarquable entre l’histoire industrielle du lieu et sa vocation actuelle.
À Beaucourt, le Musée Frédéric-Japy conserve les objets, les machines et la mémoire de cette aventure industrielle. Dans les maisons, les réveils, les pendules et les ustensiles émaillés portant la marque continuent eux aussi à raconter cette histoire.
Pour en savoir plus sur Japy
Si vous souhaitez approfondir l’histoire de Japy, de ses manufactures et de ses productions, vous pouvez consulter les ressources suivantes :
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Le patrimoine industriel Japy, présenté par l’Inventaire du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté ;
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l’histoire de l’usine d’émaillage du Gros Pré, spécialisée dans les ustensiles de cuisine et de ménage ;
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le Musée Frédéric-Japy à Beaucourt, consacré à l’histoire de la famille et de la manufacture ;
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Pompes Japy, héritière de l’une des activités industrielles du groupe ;
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Japy Tech, spécialisée dans les équipements de refroidissement du lait.